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hobbies

Publié par Christophe TROLÈS

On a beau chercher, plus un seul insecte dans le jardin. Pas une fourmi voleuse dans les réserves sucrées. Pas une mouche zigzagant de bonheur autour du composte. Pas une guêpe venant déranger le repas dominical. Et bien entendu, pas une abeille pour se poser sur les plateformes "pétalières", elles-mêmes disparues depuis maintenant plusieurs semaines. Mais ou sont-ils bien passés?

Eh bien, pour la très grande majorité d'entre eux, ils hibernent. Guêpes, frelons, abeilles sauvages entrent en "diapause". Une fois à l'abri de l'humidité, le corps de la future fondatrice, seule rescapée de la famille entre dans une sorte de léthargie tout en produisant une dose d'anti-gèle qui lui permettra de passer l'hiver sans pour autant se transformer en sorbet à six pattes. Elle attendra l'allongement des journées pour sortir de sa torpeur et créer une nouvelle colonie temporaire.

Et nos abeilles domestiques dans tout ça... Que deviennent-elles? Mesdemoiselles se distinguent une fois de plus par leur originalité. Pas de diapause pour nos avettes. En effet, si l'on tend l'oreille à l'entrée de la ruche, un bruissement nous signale une légère activité. Et comme au Rucher de Bussy nous sommes d'une nature curieuse nous avons envoyé un petit journaliste au coeur de la grappe hivernale afin de mieux la comprendre. Vous allez voir que nos protégées n'ont pas fini de nous surprendre...

 

Nous sommes mardi 9 décembre. Le thermomètre affiche 3 degrés en dessous de zéro. Les brins d'herbes cassants brillent de mille feux au contact des premières lueurs du jour. Narcisse Bourdon, notre jeune journaliste s'est transformé en minimoys afin de passer les portes d'hiver de la ruche du jardin. Nous l'avons directement posé sur la planche d'envol afin de lui épargner une escalade de parpaing plus qu'incertaine. 

 

voyage au cœur de la grappe hivernale (1ère partie)

De prime abord, cela ne donne pas envie. Avant même de franchir le seuil de la porte, quelques cadavres jonchent le sol et en passant sous les petites arches romanes, son sang se glace... Au moins une dizaines d'ouvrières mortes ralentissent sa progression. Il faut dire que cela fait quelques jours que le froid est piquant et si les nettoyeuses sont temporairement au chômage, la faucheuse, elle, continue son décompte mortuaire. L'obscurité est quasi totale et Narcisse doit malgré tout s'accrocher au bas d'un cadre afin d'accéder aux premières marches de cire. Il a rendez-vous dans la grappe avec une jeune abeille qui a accepté de répondre à ses questions. Mais encore faut-il y accéder. Pour l'instant, il se contente de grimper à la verticale d'un cadre. Si les premières alvéoles assez peu garnies lui servaient d'échelle, il s'accroche maintenant sur les réserves operculées qui lui compliquent singulièrement la vie car les prises se font rares. Ceci d'autant plus que la fraîcheur est encore particulièrement marquée. On lui avait pourtant affirmé qu'il faisait chaud dans la ruche. Force est de constater qu'il a une fois de plus été dupé... Il fait franchement froid dans cette caisse en bois. C'est à se demander si ses petites locataires sont encore vivantes...

Après s'être englués quelques doigts dans du pollen fermenté, la nourriture préférée des futures larves, il prend conscience que le bruissement qu'il distinguait tout à l'heure en pénétrant dans la ruche est tout proche et que la température devient  presque supportable. Il sait maintenant qu'il n'est plus très loin du but, le coeur de la colonie est là, devant lui.

Si ses yeux se sont progressivement accoutumés à l'obscurité, son champ de vision reste  réduit et la surprise est de taille quand il tombe nez à nez avec un mur de "derrières" d'abeilles... Où plus exactement d'abdomens d'abeilles.

Infranchissable... La grappe est devant lui mais son accès lui est totalement interdit. Il n'y a pas un millimètre entre chacune des briques de ce barrage. Evidemment, il a fallu qu'il vienne un jour de grand froid! Si la température extérieure avait été plus douce, il aurait probablement trouvé quelques petites failles dans ce bloc, mais là... comment faire? Il continue son ascension accroché à la grappe et se permet d'utiliser les extrémités d'abdomens comme marche pied tout en priant pour qu'aucune abeille n'ait la mauvaise idée de sortir son dard, ce qui mettrait définitivement fin à son expédition. Après quelques minutes, Narcisse se retrouve sous le couvre-cadre au point culminant de la grappe et aucune solution ne s'est encore offerte à lui. Il est sur le point d'abandonner quand le sol se dérobe subitement sous ses pieds. Par chance, cette sphère vivante est particulièrement large à cet endroit et il peut reprendre ses appuis sans risquer une chute lourde de conséquence. C'est alors que l'espoir renaît. Pour il ne sait quelle raison, l'ouvrière placée juste devant lui et sur laquelle il venait de poser pied s'enfonce progressivement, laissant derrière elle un minuscule tunnel. Pas une minute à perdre... Il saute sur l'occasion et sans même réfléchir plonge dans l'inconnu en suivant de près son abeille pilote pénétrant ainsi au sein même du super-organisme.

Il est une fois de plus freiné dans sa progression mais cette fois-ci par un enchevêtrement de poils thoraciques des plus incommodants. Décidemment, il l'aura méritée son interview...

Quelques minutes ont passé et le choc thermique est insupportable... Alors qu'en début d'ascension Narcisse était frigorifié, il a maintenant l'impression de ramper dans un conduit de chauffage. Il en est persuadé,  l'air ambiant a pris près de 30 degrés entre l'entrée de la ruche et l'intérieur de cette galerie. Pour ne rien arranger, il a de grandes  difficultés à respirer et chaque effort lui coûte toujours plus d'énergie. L'air semble vicié et il est à bout de souffle quand deux antennes viennent lui chatouiller le visage.

Quel soulagement... Il est arrivé sur son lieu de rendez-vous. Face à lui, une jeune ouvrière qui dégage une forte chaleur et sur sa gauche sa majesté la reine est dans une torpeur peu commune chez cette pondeuse hyperactive...

Dans le prochain article :

Integralité de l'interview et explications sur les difficultés rencontrées par Narcisse lors de son périple.

 

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SERGE 27/12/2014 18:05

Un modèle d'imagination débordante !!
A quand le roman policier apicole....??
Compliments

Christophe 29/12/2014 00:57

Merci
ça serait sympa mais je n'en suis pas là (-: